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Les subsides d’assurance-maladie : qui y a droit et comment les demander

Alejandro Redondo Lázaro · 14 min de lecture · Publié le 04.09.2026

En Suisse, si vos revenus sont modestes, votre canton paie une partie de votre assurance-maladie obligatoire. Le nom officiel est réduction des primes (Prämienverbilligung en allemand, riduzione dei premi en italien), et ce n’est pas une faveur : c’est écrit dans la loi sur l’assurance-maladie elle-même. En Suisse romande, tout le monde dit « subsides », et c’est le mot que nous emploierons ici, parce que c’est comme ça que tout le monde le cherche.

Le piège, c’est que dans la plupart des cantons il n’arrive pas tout seul. Il faut le demander, ou renvoyer un formulaire, et chaque canton a son guichet, ses limites de revenu et son délai. Dans plusieurs cantons, celui qui ne bouge pas à temps perd l’année entière. Voici comment ça marche et, canton par canton, où le demander, avec le lien officiel de chacun.

Regardez d’abord ce que vous payez de prime chez tous les assureurs de votre commune

Qu’est-ce que le subside (réduction des primes), et qui le paie ?

C’est votre canton qui le paie, avec de l’argent cantonal et fédéral. Et il y a un détail qui déroute presque tout le monde : l’argent ne vous arrive pas à vous. Le canton le verse directement à votre assureur, et vous le voyez comme une déduction sur votre facture mensuelle. L’assureur, lui, doit vous communiquer le montant de la réduction au plus tard lors de la facturation suivante.

Pour prendre une image, ce n’est pas comme toucher une bourse, c’est comme payer une facture déjà allégée. Vous ne voyez aucun virement ; vous voyez un montant plus bas.

Source: Art. 65 LAMal — les cantons accordent la réduction aux assurés « de condition économique modeste » et la versent directement aux assureurs (al. 1) ; l’assureur communique au bénéficiaire le montant de la réduction au plus tard lors de la facturation suivante (al. 4bis) consulté le 03.09.2026

Qui a droit au subside ?

Cela dépend de vos revenus, de votre fortune et de votre canton. La loi fédérale ne fixe pas un chiffre unique pour toute la Suisse. Elle dit que la réduction est destinée aux personnes « de condition économique modeste » et laisse les seuils à chaque canton. C’est pour cela que la même famille peut toucher le subside dans un canton et pas dans celui d’à côté.

La loi fédérale fixe tout de même un minimum valable dans toute la Suisse. Pour les revenus bas et moyens, les cantons doivent réduire la prime des enfants d’au moins 80 % et celle des jeunes de 18 à 25 ans en formation d’au moins 50 %. Si vous avez des enfants et que l’argent est compté, c’est la porte la plus large de toutes.

Pour vous donner une idée d’où la barre est placée, chaque canton publie ses limites. À Zurich, par exemple, le subside des enfants a son propre plafond de revenu en 2026. Une famille avec des enfants mineurs le touche jusqu’à 70 500 francs de revenu déterminant, et jusqu’à 94 000 francs s’il y a un jeune en formation à la maison, pour autant qu’elle remplisse les autres conditions du canton. Les limites générales sont à part et changent selon la région, l’état civil et le nombre d’enfants. Attention : le « revenu déterminant » n’est ni votre salaire brut ni votre revenu imposable tel quel. Chaque canton le calcule avec ses additions et ses déductions (fortune comprise). Le lien de votre canton, dans le tableau ci-dessous, vous donne le vôtre.

Source: Art. 65 al. 1bis LAMal — réduction minimale de 80 % (enfants) et de 50 % (jeunes en formation) pour les revenus bas et moyens ; al. 1ter à 1quinquies et disposition transitoire de la modification du 29.09.2023 — dépense minimale dès 2026 (3,5 % des coûts bruts les deux premières années) et délai de quatre ans pour fixer le pourcentage maximal du revenu disponible (si un canton ne le fixe pas, c’est le Conseil fédéral qui le fixe) consulté le 03.09.2026

Comment demander le subside dans chaque canton ?

C’est ici que tout se joue, et c’est la raison de ce guide : il n’existe pas une procédure suisse, il y en a 26. Dans la plupart des cantons, vous devez déposer une demande ou renvoyer un formulaire, même si le canton vous a écrit le premier. Dans d’autres, le subside est accordé d’office à partir de vos données fiscales, et il reste presque toujours des catégories qui doivent quand même le demander. Quant aux délais, ils vont du « chaque mois de retard est un mois perdu » à des dates de péremption qui, une fois passées, emportent l’année entière.

Un détail de calendrier joue en votre faveur en ce moment. Dans les cantons où le délai de 2026 est déjà échu, la campagne 2027 s’ouvre justement ces semaines-ci (en Argovie elle ouvre en septembre ; à Lucerne elle court jusqu’au 31 octobre). Si vous arrivez trop tard pour cette année, vous arrivez pile pour la suivante. Et deux dates qui courent bel et bien cet automne : à Zoug, la fenêtre tardive de 2026 se ferme le 30 septembre, et à Genève, celui qui doit le demander a jusqu’au 30 novembre.

CantonComment le demanderDélai
Appenzell Rhodes-ExtérieuresDemande (règle générale)2026 échu
Appenzell Rhodes-IntérieuresD’office (cas général)aucun délai
ArgovieDemande en ligne avec le code de la SVA2027 ouvre en septembre
Bâle-CampagneRenvoyer le formulairedans l’année
Bâle-VilleDemandenon rétroactif
BerneAutomatique ; s’il n’arrive pas, demandejusqu’au 31.12.2026
FribourgDemande la 1re fois ; ensuite d’office2026 échu
GenèveAutomatique ; 7 catégories sur demandejusqu’au 30.11.2026
GlarisDemande chaque annéechaque année jusqu’au 31.01
GrisonsDemande la 1re fois ; ensuite renouvellementjusqu’au 31.12.2026
JuraAutomatique si vous êtes taxé ; sinon, demandejusqu’au 31.12.2026
LucerneDemande chaque année2027 jusqu’au 31.10.2026
NeuchâtelCoupon-réponse à renvoyer en 30 jours30 jours, péremptoire
NidwaldDemande (on vous écrit avant)2026 échu
ObwaldDemande2026 échu
Saint-GallDemande annuelle (la SVA la prépare)31.03 pour l’année entière ; ensuite au prorata
SchaffhouseDemande (on vous écrit avant)2026 échu
SchwytzDemande ; une partie du registre, d’officejusqu’au 31.12.2026
SoleureRenvoyer le formulaire signé30 jours dès réception du formulaire
TessinAutomatique pour 5 catégories ; sinon, formulairenon rétroactif
ThurgovieDemande annuelle dans votre communejusqu’au 31.12.2026
UriAutomatique ; cas particuliers sur formulairejusqu’au 31.12.2026
ValaisD’office si vous êtes au registre fiscalnotification en février
VaudDemande la 1re fois ; ensuite d’officenon rétroactif
ZougDemande (vous êtes présélectionné)demande tardive jusqu’au 30.09.2026
ZurichDemande (le formulaire vous parvient)jusqu’au 31.03.2027

Lu sur les pages et les fiches officielles de chaque canton le 03.09.2026 (relevé fait par nos soins ; chaque canton renvoie à l’organisme qui gère son subside). « D’office » décrit le cas général de ce canton ; il reste presque toujours des catégories qui doivent quand même le demander. « Non rétroactif » veut dire qu’il n’y a pas de date limite, mais que le droit commence quand vous le demandez : chaque mois d’attente est un mois de réduction perdu. Là où le délai de 2026 est échu, c’est la campagne 2027 qui compte maintenant, et plusieurs cantons l’ouvrent dès cet automne. Beaucoup de pages officielles sont dans la langue du canton, souvent en allemand ou en italien ; le traducteur du navigateur les rend lisibles.

Si votre canton exige une demande et que vous ne savez pas par où commencer, le chemin court est d’écrire ou d’appeler l’organisme qui gère le subside dans votre canton (vous le trouvez en cliquant sur le nom de votre canton dans le tableau) et de dire mot pour mot : « Je viens de voir que le subside d’assurance-maladie existe et je pense pouvoir y avoir droit. Pouvez-vous me dire quel formulaire me concerne et quels documents il me faut ? » Cela suffit à vous mettre sur la bonne voie ; la plupart ont le formulaire en ligne.

De combien est le subside, et quand l’argent arrive-t-il ?

Combien ? Il n’y a pas de tarif national. Chaque canton a sa formule ou ses paliers. La mécanique habituelle est une prime de référence moins ce que le canton estime que vous pouvez payer vous-même selon votre revenu ; la différence est votre subside. À Zurich, par exemple, la prime de référence de 2026 est de 70 % de la prime moyenne de votre région (jusqu’en 2025 c’était 60 %, une autre des hausses de la loi entrée en vigueur le 1er janvier 2026). Le résultat va de quelques dizaines de francs par mois jusqu’à couvrir presque entièrement la prime des enfants.

Quand ? Dès le mois qu’indique votre décision d’octroi (le courrier que le canton vous envoie), sous forme de déduction sur la facture. Et voici l’avertissement qui vaut le plus d’argent dans ce guide. Dans plusieurs cantons, le droit n’est pas rétroactif. À Bâle-Ville, il commence le mois qui suit la demande ; dans le canton de Vaud, en règle générale, le deuxième mois ; au Tessin, le mois qui suit le dépôt de la demande. Dans ces cantons, chaque mois où vous remettez la demande à plus tard est un mois de subside perdu. La conséquence pratique ? Le demander cette semaine, pas « quand j’aurai un moment ».

Et si vos revenus changent ? Les petits caractères du subside

Juste pour que vous le sachiez, et que cela ne vous tombe pas dessus. Le subside se calcule avec vos données d’une année fiscale, et la vie continue. Si vos revenus s’améliorent, dans beaucoup de cantons vous avez l’obligation de l’annoncer, et si vous avez touché plus que votre dû, on peut vous le réclamer. Cela arrive à des gens chaque année, sans mauvaise foi. Une promotion, quelques heures de plus, et personne ne repense à la lettre du subside.

Les nuances réelles, pour que vous voyiez l’éventail : Zurich oblige à annoncer toute amélioration de revenu de 10 000 francs ou plus. Vaud le dit sans détour : tout changement de revenu, de fortune ou de composition du ménage s’annonce sans délai, le droit est réexaminé et le trop-perçu est restitué. En revanche, Genève (dans le régime automatique) et Saint-Gall fonctionnent avec environ deux ans de décalage fiscal : l’amélioration d’aujourd’hui ne touche pas le subside de cette année, elle ne se répercutera que deux ans plus tard. Quelle est votre règle à vous ? Celle qui figure dans votre décision d’octroi. Lisez-la et gardez-la.

Et les petits caractères jouent aussi en votre faveur. Si vos revenus baissent ou que votre situation change (vous vous retrouvez au chômage, un enfant naît, vous vous séparez), la loi fédérale impose aux cantons de tenir compte des circonstances les plus récentes, précisément à votre demande. En clair : n’attendez pas la prochaine déclaration d’impôt. Écrivez à l’organisme de votre canton et demandez un nouveau calcul.

Source: Art. 65 al. 3 LAMal — l’examen du droit tient compte des circonstances économiques et familiales les plus récentes, « notamment à la demande de l’assuré » consulté le 03.09.2026

Le subside compte-t-il comme de l’aide sociale ?

C’est la peur qui arrête le plus souvent ceux qui en ont le plus besoin, alors mettons les choses au clair. La réduction des primes est inscrite dans la loi sur l’assurance-maladie (art. 65 LAMal), pas dans les lois sur l’aide sociale. Ce sont deux notions juridiques distinctes, avec des règles distinctes. Toucher l’aide sociale peut bel et bien peser dans des décisions sur les permis de séjour ; la réduction des primes est autre chose. La loi oblige d’ailleurs les cantons à informer régulièrement les assurés de leur droit de la toucher.

Cela dit, rien n’est absolu. Si votre situation de permis est délicate, la réponse sérieuse n’est pas dans un article, elle est au service cantonal de la migration. Posez-y la question AVANT de renoncer, par peur, à un droit que la loi elle-même vous reconnaît.

Je viens d’arriver en Suisse, puis-je déjà demander le subside ?

En général oui, dès que vous êtes inscrit auprès de votre commune et que votre assurance est conclue. Comme vous n’avez pas encore de déclaration d’impôt suisse, beaucoup de cantons ont un formulaire pour les nouveaux arrivants ou pour les personnes imposées à la source, où vous justifiez vos revenus avec vos fiches de salaire. Il arrive qu’un canton accorde un délai supplémentaire : à Genève, celui qui arrive en fin d’année a jusqu’au 30 juin suivant pour demander celui de l’année d’arrivée.

Le subside est-il rétroactif ?

Cela dépend du canton, et c’est la différence la plus chère du tableau. Dans certains, demandé dans le délai, il couvre l’année entière depuis janvier (Zurich, Berne). Dans d’autres, il n’y a aucune rétroactivité : il commence le mois qui suit la demande (Bâle-Ville, Tessin) ou, en règle générale, le deuxième mois (Vaud). La règle sûre est de le demander dès que vous savez que vous pourriez y avoir droit.

Faut-il le demander chaque année ?

Cela dépend. Dans plusieurs cantons, le renouvellement est d’office une fois que le droit vous a été reconnu (Fribourg, Vaud) ; dans d’autres, il faut déposer une demande tous les ans (Thurgovie, Glaris, Lucerne). Votre décision d’octroi ou le site de votre organisme le dit ; dans le doute, partez du principe que oui, et posez la question.

Je travaille en Suisse mais je vis à l’étranger (frontalier). Ai-je droit au subside ?

C’est possible, et cela dépend de votre cas. Si vous travaillez en Suisse et vivez dans l’UE ou l’AELE (frontalier), le subside relève en général du canton où vous travaillez, et certains cantons publient une procédure propre à leurs frontaliers (Schaffhouse, par exemple). L’« institution commune » fédérale est une AUTRE voie, réservée aux rentiers relevant de l’assurance suisse qui vivent dans l’UE, en Islande, en Norvège ou au Royaume-Uni, et il faut la demander chaque année. Là, il y a plus de paperasse. Si c’est votre cas, posez la question à l’organisme du canton où vous travaillez (son lien est dans le tableau) avant de vous exclure vous-même.

Où puis-je voir le montant du subside que je toucherais ?

Dans le lien de votre canton, celui du tableau ci-dessus. Presque tous les cantons publient leurs limites, et plusieurs ont leur propre calculateur (Zurich, par exemple). La première donnée dont vous avez besoin, c’est votre prime : elle est sur votre police, ou dans notre calculateur, avec tous les assureurs de votre commune.

L’essentiel

Sources officielles (3)

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