Pepin.

Guide

Comment fonctionne l’assurance-maladie en Suisse

Alejandro Redondo Lázaro · 14 min de lecture · Publié le 16.08.2026 · mis à jour le 17.08.2026

En Suisse, l’assurance-maladie est obligatoire, et vous êtes libre de choisir parmi les assureurs autorisés. On l’appelle « assurance obligatoire des soins » (AOS) ou « assurance de base » : c’est la même assurance. Dès que vous établissez votre domicile en Suisse, vous avez 3 mois pour la conclure. Ses prestations sont fixées par la loi au niveau fédéral, donc tous les assureurs couvrent exactement la même chose. Cette loi s’écrit LAMal en français et en italien, KVG en allemand. Vous payez la prime chaque mois ; quand vous utilisez l’assurance, vous payez aussi une franchise et, une fois la franchise atteinte, une quote-part. Tout cela est détaillé plus bas. Ce guide vous donne une vue d’ensemble du système.

Qui doit s’assurer ?

Toute personne qui vit en Suisse doit s’assurer, sauf exceptions. Certaines s’appliquent d’office et d’autres demandent une exemption ; elles dépendent de votre nationalité, de votre pays de résidence et de votre situation concrète. Les exceptions les plus importantes :

Depuis quand êtes-vous couvert (et depuis quand payez-vous) ?

La première démarche en arrivant en Suisse, si votre intention est de rester plus de trois mois, est de vous annoncer : c’est-à-dire de vous inscrire auprès de votre commune. Vous avez 14 jours dès l’arrivée pour le faire. Cette inscription enregistre votre date d’arrivée. Et c’est depuis cette date d’arrivée que courent les trois mois dont vous disposez pour conclure l’assurance (pour un bébé, ils courent dès la naissance).

Attention, car c’est la règle qui prête le plus à confusion : la couverture et le paiement ne commencent pas le jour où vous signez le contrat d’assurance. Ils commencent à cette date d’arrivée : le jour où vous êtes entré en Suisse pour y rester. Lors de votre inscription, la commune vous remet un papier qui confirme cette date. Son nom change d’un canton à l’autre en français et en italien ; en allemand, c’est l’Anmeldebestätigung. Gardez-le précieusement.

La conséquence pratique : peu importe le jour où vous concluez l’assurance dans le délai, vous payez depuis cette date de début. Si vous concluez l’assurance la première semaine, vous payez mois après mois depuis le début. Si vous attendez la fin des trois mois, la première facture arrive avec tous ces mois d’un coup ; si cela vous arrive, demandez à votre assureur s’il accepte un paiement échelonné.

Prime, franchise et quote-part : que payez-vous, et quand ?

En Suisse, vous payez pour avoir l’assurance (la prime mensuelle) et vous payez une partie quand vous l’utilisez (la franchise et la quote-part). Ces trois mots expliquent tout :

La franchise fonctionne ainsi : au moment de conclure le contrat, vous choisissez un montant. Jusqu’à ce montant, les factures médicales de l’année sont à votre charge. Au-delà, l’assurance commence à payer. Exemple : avec une franchise de 300 francs, les 300 premiers francs de factures de l’année sortent de votre poche ; à partir de là, l’assurance paie. C’est vous qui choisissez la taille, mais vous ne pouvez pas choisir n’importe quel montant : pour un adulte il existe six paliers fixes (300, la franchise ordinaire, ou 500, 1000, 1500, 2000 et 2500 francs), et tous les assureurs ne les proposent pas tous. Les enfants ont par défaut une franchise de 0 : on peut leur en choisir une jusqu’à 600 francs en échange d’une prime plus basse.

Pour le voir simplement, imaginez une baignoire. Votre franchise est la taille de la baignoire. Elle est vide le 1er janvier et, en règle générale, chaque facture d’une prestation couverte par l’assurance obligatoire la remplit un peu. Tant qu’elle se remplit, c’est vous qui payez. Quand elle est pleine, l’assurance commence à payer. Ce que l’assurance ne couvre pas se paie à part, et ne remplit pas la baignoire. (La loi laisse quelques prestations hors franchise : la maternité, qui ne paie pas non plus de quote-part, et depuis 2026 les vaccins recommandés que l’assurance couvre, qui, eux, gardent leur quote-part de 10 %.)

La franchise expliquée comme une baignoire : vous choisissez sa taille parmi six paliers fixes (de 300 à 2500 francs pour un adulte) et, en règle générale, chaque facture d’une prestation couverte par l’assurance obligatoire la remplit ; tant qu’elle n’est pas pleine, c’est vous qui payez, et ce que l’assurance ne couvre pas ne la remplit pas. Quand elle est pleine, l’assurance paie et vous ne mettez que la quote-part de 10 %, plafonnée à 700 francs par an. Le 1er janvier, elle est de nouveau vide.
La baignoire : comment fonctionnent la franchise et la quote-part de l’assurance obligatoire suisse.

La quote-part a elle aussi ses exceptions. Certains médicaments portent une quote-part plus élevée quand la liste officielle contient un équivalent nettement moins cher ; le détail, avec ses réserves, est dans le guide de la franchise. Et si vous êtes hospitalisé, en dehors du plafond, une contribution de 15 francs par jour est due. Elle n’est pas due par les enfants et les jeunes jusqu’à 18 ans révolus, par les jeunes adultes jusqu’à 25 ans qui étudient encore, ni par les femmes pour les prestations de maternité.

Pourquoi ces mots comptent-ils autant ? Parce que la mensualité et la franchise vont en sens inverse l’une de l’autre : grande baignoire, vous payez moins par mois ; petite baignoire, vous payez plus. C’est de cet équilibre que découlent presque toutes les décisions de ce guide, à commencer par le choix de la franchise, 300 ou 2500.

Que couvre l’assurance obligatoire ?

L’essentiel : le médecin, les spécialistes, l’hospitalisation en division commune, les médicaments sur ordonnance qui figurent sur la liste officielle, les urgences, la grossesse et l’accouchement. La maternité apporte en plus un avantage que peu de monde connaît : les contrôles de grossesse et l’accouchement ne sont jamais soumis ni à la franchise ni à la quote-part ; et de la 13e semaine de grossesse jusqu’à 8 semaines après l’accouchement, les autres traitements non plus. Ce qui est couvert est fixé par la loi ; c’est pour cela que c’est identique où que vous concluiez le contrat.

Ce qui surprend, c’est ce que l’assurance obligatoire ne couvre PAS : le dentiste (sauf cas très précis), les lunettes et les lentilles des adultes (en général) et la chambre privée à l’hôpital. Pour cela, il existe les assurances complémentaires, c’est-à-dire des assurances en plus que vous concluez à part et seulement si vous le voulez. Et elles jouent avec d’autres règles : dans l’assurance obligatoire, aucun assureur ne peut vous refuser ; une complémentaire, elle, peut vous interroger sur votre santé et vous dire non.

Toutes les caisses maladie couvrent-elles la même chose ?

Dans l’assurance obligatoire, oui : toutes les caisses maladie couvrent exactement la même chose, elles ont l’obligation de vous accepter et il n’y a pas de questionnaire de santé. Alors qu’est-ce qui change d’une caisse maladie à l’autre (on dit aussi « assureur ») ? Deux choses. Le prix : pour la même couverture, il peut varier fortement selon la caisse maladie, votre groupe d’âge (enfants, jeunes de 19 à 25 ans et adultes dès 26 ans) et votre commune de domicile. Et le service : l’application, la vitesse à laquelle on vous rembourse, la langue dans laquelle on vous répond. La conséquence pratique : une fois fixés votre franchise, votre modèle et la couverture accidents, ce qui reste pour baisser la facture, c’est de comparer les caisses maladie. C’est pour cela que le faire chaque année en vaut la peine.

Quels modèles d’assurance existent, et lequel choisir ?

En plus de la franchise, vous choisissez le modèle, c’est-à-dire vers qui vous vous tournez en premier quand vous tombez malade. Avec le modèle standard, vous allez directement chez n’importe quel médecin autorisé à facturer à l’assurance obligatoire. Avec les autres modèles, vous vous engagez à passer d’abord par le même endroit : votre médecin de famille, un cabinet de groupe précis (c’est le HMO) ou une consultation par téléphone ou par application (c’est la télémédecine) ; ce sont eux qui vous disent s’il faut un spécialiste. En cas d’urgence, la restriction du modèle ne s’applique pas : vous allez aux urgences quel que soit votre modèle. Ce que votre produit peut exiger, c’est de prévenir ensuite ; lisez ses conditions. En échange, vous payez moins par mois. La couverture est la même ; ce qui change, c’est par où vous entrez. Le guide des modèles les compare un par un.

Avec ou sans couverture accidents ?

Juste pour que vous le sachiez, parce que presque personne ne vous le dit : si vous êtes salarié, votre employeur est tenu par la loi de vous assurer contre les accidents professionnels, et si en plus vous travaillez 8 heures ou plus par semaine chez le même employeur, aussi contre les accidents en dehors du travail. Dans ce cas, vous pouvez demander à votre assureur de suspendre la couverture accidents de l’assurance obligatoire, en montrant que le travail vous couvre entièrement, et économiser cette part. Vous ne travaillez pas, ou vous n’atteignez pas les 8 heures par semaine ? Alors gardez la couverture accidents dans votre assurance : c’est elle qui couvre les accidents en dehors du travail. Quand la retirer, quand jamais, et le moment de danger quand on quitte un emploi : le guide de la couverture accidents le raconte en entier.

Combien coûte l’assurance-maladie en Suisse ?

Il n’y a pas de prix unique. La prime de l’assurance obligatoire dépend de votre groupe d’âge, de votre commune, de l’assureur et de trois décisions que vous prenez : la franchise, le modèle et le fait de garder ou non la couverture accidents. C’est pour cela que les moyennes nationales servent à peu de chose : le chiffre qui compte, c’est le vôtre. Le calculateur utilise les primes officielles de votre commune et vous le donne en une minute, sans inscription.

Calculez votre prime maintenant

Existe-t-il des aides pour payer sa prime ? Les subsides (réduction des primes)

Si le budget est serré, vous ne portez pas la facture tout seul : quand les revenus sont modestes, votre canton paie une partie de la mensualité. Cela s’appelle la réduction des primes, et en Suisse romande tout le monde dit « subsides ». Chaque canton a ses règles : dans certains cantons la réduction arrive automatiquement et dans d’autres il faut la demander avec un formulaire. Avant de vous fier au chiffre que vous donne le calculateur, regardez comment fonctionne la réduction dans votre canton.

Comment payer moins cher son assurance-maladie ?

Questions fréquentes

Peut-on me refuser ou me faire payer plus parce que je suis malade dans l’assurance obligatoire suisse ?

Non. Dans l’assurance obligatoire suisse, tout assureur qui opère dans votre canton a l’obligation de vous accepter, sans questionnaire de santé, et il ne peut pas vous faire payer plus parce que vous êtes malade. La prime dépend de facteurs tarifaires (assureur, région, groupe d’âge, franchise et modèle), jamais de votre état de santé. Dans les complémentaires, ils le peuvent ; c’est pour cela qu’il vaut mieux les demander quand on est en bonne santé.

Ma sécurité sociale française ou belge et ma carte européenne (CEAM) suffisent-elles pour vivre en Suisse ?

Si vous déménagez en Suisse pour y résider et que vous n’entrez pas dans une exception, non. La carte européenne d’assurance-maladie sert pour les voyages ; dès que vous établissez votre domicile en Suisse, l’obligation est la vôtre et le délai de 3 mois commence à courir. Les exceptions sont rares : certaines s’appliquent par la loi (par exemple si vous travaillez dans un autre pays et cotisez là-bas) et d’autres doivent être demandées, puis accordées (certains étudiants).

Que se passe-t-il si je ne conclus pas l’assurance-maladie obligatoire en Suisse ?

En Suisse, ne pas la conclure n’est pas une solution : le canton finit par vous affilier de force à un assureur qu’il choisit lui-même, mais cela arrive quand il vous détecte, pas avant. Et cela ne répare pas le passé : si vous vous affiliez une fois les trois mois écoulés, la couverture commence le jour de l’affiliation et les mois d’avant restent SANS couverture (ce que vous avez dépensé chez le médecin pendant ce temps, vous le payez entièrement). Si le retard n’est pas justifié, un supplément de prime peut s’y ajouter : une majoration de 30 à 50 % sur la mensualité, pendant le double du temps de votre retard. Un an de retard, ce sont deux ans à payer plus cher, avec un plafond de cinq ans. Dans le délai, en revanche, tout compte depuis le jour où vous avez établi votre domicile : couvert depuis ce jour, et payant depuis ce jour. Attendre ne rapporte rien, d’aucun côté.

Puis-je changer de franchise, de modèle ou de caisse maladie en Suisse si je me trompe au moment de choisir ?

Oui, rien n’est pour toujours : dans l’assurance obligatoire suisse, la franchise, le modèle et l’assureur se revoient chaque automne avec effet au 1er janvier (pour changer d’assureur, votre lettre de résiliation doit arriver le 30 novembre au plus tard). Et si vous avez une assurance avec libre choix du médecin, vous pouvez passer à un modèle à choix limité (médecin de famille, HMO ou télémédecine) au sein du même assureur à n’importe quel moment de l’année ; si vous êtes déjà dans un modèle alternatif et que vous voulez passer à un autre, ou changer d’assureur, le changement se fait normalement pour le 1er janvier. Le premier choix doit seulement être raisonnable, pas parfait.

Un récapitulatif, et vous avez l’essentiel : vous choisissez l’assureur, la franchise et le modèle ; la couverture est la même partout. Vous n’avez qu’une chose à faire aujourd’hui : mettez votre code postal et votre âge dans le calculateur et regardez votre chiffre réel, pas la moyenne nationale. En cas de doute, demandez avant de signer. Et n’hésitez pas à prendre contact si vous avez besoin d’aide.

Sources officielles (6)

Source: LAMal (RS 832.10), art. 3 à 8, 64, 64a et 65 — obligation et délai de 3 mois, rétroactivité et affiliation tardive (art. 5), affiliation d’office (art. 6), changement d’assureur (art. 7), suspension de la couverture accidents (art. 8), participation aux coûts et maternité (art. 64 al. 7), blocage en cas d’impayés (art. 64a al. 6) et la réduction des primes par les cantons (art. 65) consulté le 16.08.2026

Source: LSAMal (RS 832.12), art. 5 — obligation des assureurs d’accepter toute personne assurable, avec égalité de traitement consulté le 16.08.2026

Source: OAMal (RS 832.102), art. 2, 8, 93 à 95, 100, 103, 104, 104a, 105 et 105l — les exceptions (celle des étudiants avec une assurance privée équivalente, sur demande : art. 2 al. 4), le supplément de prime pour affiliation tardive, la quote-part plus élevée de certains médicaments désignée par le DFI et son imputation partielle sur le plafond (104a al. 1bis et 2 ; le taux de 40 % et ses réserves figurent à l’art. 38a OPAS), les franchises à option de l’adulte (500, 1000, 1500, 2000 et 2500 ; ordinaire 300), le changement de modèle à tout moment (art. 100 al. 2), les plafonds de la quote-part (700/350), la contribution hospitalière de 15 francs et ses exonérations (104), la fenêtre de maternité et la demeure en cas d’impayés consulté le 16.08.2026

Source: OLAA (RS 832.202), art. 13 — accidents non professionnels couverts dès 8 heures par semaine chez le même employeur (les accidents professionnels, l’employeur les couvre pour tout salarié : LAA, RS 832.20, art. 1a) consulté le 16.08.2026

Source: OPAS (RS 832.112.31), art. 12a al. 4 — les vaccinations prophylactiques de l’al. 1 et le conseil en vaccination de l’al. 2 sont exonérés de franchise depuis le 1.1.2026 uniquement lorsqu’ils sont exécutés dans le cadre d’un programme de prévention national (la quote-part de 10 % reste due) ; introduit par l’ordonnance du DFI du 4 juin 2025, RO 2025 419 consulté le 16.08.2026

Source: ch.ch (portail officiel de la Confédération) — l’annonce d’arrivée à la commune : dans les 14 jours consulté le 16.08.2026

Guides liés

Révisé par Alejandro Redondo Lázaro · inscrit au registre FINMA F01490776 · 17.08.2026